

Steve est le fondateur de Shomerli. Issu de la communauté observante de Côte-des-Neiges (Montréal), il a passé une décennie en sécurité informatique avant de consacrer son travail à la protection halakhique des foyers juifs.
Tous les articles de Steve Azoulay →Selon une étude OFCOM publiée en 2024, près de trois familles sur quatre dans les communautés observantes ont été involontairement exposées à du contenu inapproprié au cours des six derniers mois. Ce chiffre devrait nous arrêter. Pas par alarmisme — par halakha.
73%
des familles dans les communautés observantes rapportent une exposition involontaire à du contenu inapproprié au cours des 6 derniers mois.
OFCOM Online Safety Report, 2024
L'obligation classique de Shmirat Einayim, de « garder ses yeux », n'est pas une innovation moderne ni une chumra chassidique. Elle remonte au Talmud, est codifiée par le Rambam, et est traitée comme une obligation positive (asseh) et négative (lo taasseh) par la plupart des décisionnaires.
Le Talmud, dans Berachot 12b, dérive l'obligation du verset « v'lo taturu acharei levavchem v'acharei eineichem » — « et ne suivez pas votre cœur et vos yeux » (Bamidbar 15:39). Le verset place l'œil avant le cœur dans la chaîne du désir : la vision est la porte d'entrée, le cœur est ce qui est protégé.
Le langage du Rambam est précis : geder chazak, « une barrière forte ». Pas une intention pieuse, pas une résolution intérieure — une structure extérieure qui empêche l'œil de se poser là où il ne doit pas.
Trois caractéristiques rendent internet halakhiquement distinct de tous les défis antérieurs :
Premièrement, le danger est sans avertissement. Une recherche bénigne, un lien partagé, une publicité injectée dans une page de nouvelles — l'exposition est involontaire.
Deuxièmement, le danger est distribué. Là où autrefois le « lieu douteux » était localisé, aujourd'hui il est partout — dans la poche de chaque membre de la famille, à toute heure.
Troisièmement, le danger est progressif. Les algorithmes optimisent pour la rétention avec un contenu de plus en plus stimulant à chaque session.
D'après le Hafetz Hayim, Shemirat Ha'einayim 3La barrière n'est pas une stringence pieuse. C'est la condition de possibilité de l'obligation. Sans elle, l'œil n'a aucune chance.
Trois argumentations convergent pour faire du filtre une obligation stricte, et non une simple chumra :
Premièrement, la halakha de v'nishmartem me'od le'nafshoteichem — « gardez-vous beaucoup, vos âmes » — est traditionnellement étendue aux dangers spirituels comme aux dangers physiques.
Deuxièmement, le concept de geder chazak du Rambam fait de la barrière elle-même une partie constitutive de l'obligation, et non un ajout optionnel.
Troisièmement, l'argument coût-bénéfice qui justifiait autrefois de ne pas exiger de filtre est devenu obsolète. Les filtres modernes permettent un déblocage en moins de 30 secondes pour les besoins légitimes.
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Installer un filtre n'est pas un aveu de faiblesse — c'est une reconnaissance lucide de l'environnement réel dans lequel vivent nos familles en 2026. Le Rambam ne suppose pas un homme parfait qui n'aurait jamais besoin de barrière. Il suppose un homme réel, dont l'œil cherche, et qui doit organiser son monde pour que la halakha reste praticable.
C'est, au fond, ce que fait Shomerli : reconstruire le geder chazak du Rambam à l'échelle de la famille moderne.

Analyse comparative des positions des posekim contemporains sur l'obligation de filtrer internet.